
Je prends goût à cette pratique de recenser des livres lus récemment et je poursuis ici cette initiative en présentant et commentant un nouveau livre intitulé : Not the End of the World, écrit par la britannique Hannah Ritchie.
Certains livres nous permettent de fouiller une tendance et d’en mieux comprendre la dynamique; c’est le cas de De la tyrannie, recensé plus tôt. D’autres nous donnent accès à une vision différente et décapante de phénomènes collectifs, tels celui des soi-disant « génies de la finance »; c’est le cas de Trust dont j’ai aussi parlé dans une entrée antérieure du blog.
Cette fois, il s’agit d’un livre qui nous invite à penser autrement et de manière moins paniquée, la question du réchauffement climatique ainsi que les enjeux de développement durable.
Hannah Ritchie est une chercheuse d’Oxford, formée en sciences de l’environnement et en systèmes alimentaires globaux, doublée d’une activiste en environnement. Elle est aussi chercheuse en chef du site Our World in Data, qui a donné des statistiques très détaillées sur l’évolution de la covid-19 tout au long de la pandémie.
Elle raconte avoir été fortement influencée en assistant à une conférence du médecin et épidémiologiste suédois Hans_Rosling, qui a révolutionné la présentation de statistiques sur différentes problématiques mondiales et se plait à démonter toutes sortes de préjugés et d’informations désuètes au sujet de l’état du monde. Elle a alors décidé d’en faire autant pour les problèmes liés au réchauffement climatique et à d’autres problèmes environnementaux, et découvert en cours de route que la vision totalement pessimiste qu’une bonne part de nous entretenons au sujet de ces problèmes n’est pas fondée dans les données globales.
Elle n’est pas naïve pour autant et sait bien que la planète est dans un état critique qui exige une série d’actions draconiennes, mais elle tient à ce que nous soyons informés correctement sur l’état réel de la situation, montrant que le portrait qu’on en fait n’est pas aussi sombre que ce que trop souvent les médias et les activistes en disent, et insistant pour que nous identifions clairement et précisément les cibles sur lesquelles il faut agir pour obtenir les meilleurs résultats. Très loin d’être une négationniste, elle montre l’état de la situation dans 8 dimensions de la crise (Sustainability, Air pollution, Climate change, Deforestation, Food, Biodiversity, Ocean Plastics, Overfishing) et indique les actions à prendre en fonction de cette analyse.
Bien sûr – et c’est le point faible de son propos – ça n’est pas parce que les solutions existent qu’il n’y a pas le mélange bien connu d’inertie et de mauvaise foi politiques et sociales, qui empêche la mise en place de plusieurs de ces solutions, et son analyse fait assez peu de cas de ces problèmes (https://crookedtimber.org/2024/12/09/the-limits-of-number-crunching-hannah-ritchies-not-the-end-of-the-world/). Peut-être a-t-elle un peu trop tendance à faire confiance en la technologie.
Mais il y a dans son propos, une nécessaire prise en compte des « vrais chiffres » et des véritables leviers sur lesquels agir, de même qu’un optimisme qui fait du bien. Chaque chapitre compte aussi une section Things to stress less about qui nous enlève une partie de notre mauvaise conscience en fonction de l’impact réel de certains comportements, et nous invite à agir aux bons endroits.