Confiance?

Lu récemment, le roman Trust de Hernan Diaz, réussi aussi bien sur le plan du contenu (instructif) que de la forme (enjouée). On y constate que les États-Unis sont régis par une aristocratie de l’argent, qui vit à part et au-dessus du peuple, et ce depuis les tous premiers jours de la république. Sans doute pas nouveau pour beaucoup d’entre nous, mais la démonstration, à la fois subtile et progressive est convaincante.

Composé de quatre récits apparemment indépendants les uns des autres, se déroulant pour l’essentiel, mais pas uniquement, dans les années 1920-30, ce roman invite le lecteur à graduellement comprendre comment ces différents récits se croisent, se complètent, s’éclairent, et tracent un portrait de cette « classe à part » de ceux et celles dont le sang n’est pas bleu royal mais vert dollar.

Alors qu’elle circule en limousine pour la première fois de sa vie dans les rues de New York, la narratrice du troisième récit dit son étonnement :

J’étais dehors dans la rue et en même temps dans un espace isolé. Plus que les panneaux en acajou, les carafes en cristal, la garniture brodée et le chauffeur à casquette et gants blancs de l’autre côté de la cloison, c’était l’étrange paradoxe d’être en privé dans un espace public qui donnait une telle impression d’opulence – une sensation qui se confondait avec l’illusion d’être soudain devenue intouchable et invulnérable, avec le fantasme d’avoir le contrôle total sur moi-même, sur les autres et sur la ville dans son ensemble.

Dans le contexte géopolitique actuel, incontournable à mon avis. Sans doute pour cela qu’on lui a attribué le Pulitzer 2023.

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